Ouest-France du 28 mai 2003
« La formation, secret de notre réussite »

À bientôt 65 ans, Daniel Réchet a tout connu à l'ASPTT Nantes football, qui célèbre son soixantenaire, dimanche au stade de la Bergerie. Joueur, secrétaire, entraîneur et président, il a contribué, depuis près d'un demi-siècle, à la réussite d'un club dont l'avenir reste incertain mais auquel il reste plus que jamais attaché.

C'est la tradition. Présentez-vous...

Daniel Réchet, bientôt 65 ans, président de l'ASPTT Nantes, section football. Je suis arrivé au club en 1956, en provenance du FC Nantes, où j'évoluais en juniors. J'ai joué jusqu'en 1960, avant de partir à Paris, et de revenir pour jouer en équipe corpo. En 1968, le président de l'époque, Pierre Bertholom, m'a proposé de m'occuper des jeunes et du secrétariat. Je me suis ensuite retrouvé à la tête de l'équipe première, avant de passer la main, en 1985, et de prendre la présidence, en 1990.

Votre club fête ses 60 ans cette année. L'heure de la retraite aurait-elle sonnée ?

Nos problèmes, liés à la gestion de notre patrimoine, et à la réorientation stratégique de La Poste et France Télécom sont réels. Personnellement, je suis optimiste de nature et les négociations que nous avons entamé avec les municipalités de Nantes et de Saint-Herblain suivent leurs cours. Tout le monde a mesuré l'utilité de notre club et de ce parc de 11 hectares qu'est la Bergerie. On ne peut pas nous laisser tomber...

Comment s'annoncent les festivités de dimanche, à la Bergerie ?

Cette journée, conviviale et fair-play à l'image de l'ASPTT, doit nous permettre de montrer que l'on est encore là. Il y aura des matches de jeunes, une rencontre entre notre équipe de la saison 1981-1982 vainqueur de la coupe de l'Atlantique, et l'entente Saint-Dolay/Avessac, et, en conclusion, un petit tournoi, entre notre équipe de DRS, et les réserves de Guingamp et du FC Nantes.

Un club toujours très lié au votre...

C'est mon frère, André, qui ne pouvait pas jouer au football, qui m'a donné goût à ce sport. C'est lui qui m'a inscrit au FCN il y a cinquante ans. On était coaché par Albert Heil. J'étais en admiration devant lui. Il m'a inspiré pour la suite de ma carrière. Et puis, les Suaudeau, Blanchet, Zaetta, Le Dizet, Amisse, Bichon, sont des copains. Gaby de Michèle a été entraîneur ici pendant une saison, et Philippe Gondet, président du club des supporters.

Vous évoquez les années 40-50. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Les vestiaires étaient rustiques et on prenait les douches dans la rivière qui bordait le terrain. Les crampons étaient des pointes que l'on enfonçait une par une, avant le match. Parfois, on les sentait sous le pied. C'était vraiment une autre époque...

Qu'est-ce qui a permis à l'ASPTT de gravir les échelons si vite, sous votre conduite, de la PH en 1974 à la D4 en 1979 ?

À la fin des années 1960, je travaillais la nuit aux chèques postaux et j'habitais aux Dervallières. Quand j'ouvrais ma fenêtre, je voyais des tas de gamins, dont Loïc Amisse, taper dans le ballon. Quand l'ASPTT m'a débauché, j'ai compris que l'on devait s'appuyer sur la masse. C'est comme ça que l'on a créé des cars de ramassage, qui venaient chercher les jeunes des Dervallières de Bellevue, ou du Breil-Malville. Ici, tout le monde joue. On n'a jamais fait de sélection.

Ce qui a permis à l'ASPTT de ne pas descendre plus bas que la DRS depuis 25 ans...

Tenez, il y a deux mois, je regardais une feuille de match de l'équipe première. Sur les 14 joueurs, douze étaient formés au club, dont cinq depuis la catégorie débutants. Ils se connaissent et s'amusent ensemble. Vous avez beau avoir les meilleurs joueurs du monde, s'ils ne s'entendent pas, vous n'arriverez à rien.

C'est la même ambiance qui a donné naissance à une génération dorée, au début des années 1970...

Complètement ! C'étaient des garçons venus de divers horizons, des enfants de Postiers ou des extérieurs, comme on disait, même si je n'aime pas ce terme, car ce sont avant tout des footballeurs. Ces jeunes, comme Pascal Moyne, Philippe Roy, ou Pascal Régent, arrivés au club en minimes, je le sentais et je ne me suis pas trompé...

Premier fait d'arme : la finale régionale de la coupe Gambardella, contre le FC Nantes en 1973...

... on n'a perdu que 3-0, face au futur vainqueur, qui n'a mis que des valises, aux tours suivants. Dans cette équipe du FCN, sept joueurs sont devenus professionnels, dont Pécout, Tusseau, Sahnoun et Baronchelli.

Et en 1979, le club accède à la D4 nationale, avant de devenir champion de France PTT en 1981, et de remporter la coupe de l'Atlantique, en 1982...

Des années extraordinaires. Cette coupe de l'Atlantique restera la consécration de cette génération. On n'était pas en terrain conquis, contre l'AS Briéronne, à Donges, et on a réalisé une démonstration, en nous imposant 4-0.

Des exploits d'autant plus grands que vous ne bénéficiiez pas des meilleures conditions, au stade de l'Orvasserie...

À cette époque, on a atteint les 414 licenciés, avec un seul terrain, digne d'un champ de patates. On était obligé de s'expatrier au Petit-Port, à la Bernardière ou à la Durantière. Les dirigeants devaient amener les poteaux de corner et les sacs de plâtre pour tracer les lignes... Notre arrivée à la Bergerie, en 1986, nous a donné une vraie bouffée d'oxygène.

Dans quelles conditions s'est opéré le passage de témoin entre vous et Alain Bourgeois, en 1985 ?

Alain était intelligent, il connaissait le ballon. Il appartenait à notre génération dorée. Quand je lui ai proposé de prendre la gâche, il n'a pas hésité et les résultats ont vite suivi.

Son départ, en 1999, reste votre plus grand regret ?

Ça m'a traumatisé. On sortait d'une saison noire (une seule victoire) et nombreux étaient ceux qui me disaient de changer d'entraîneur. J'étais pris en tenaille. Je lui ai proposé de devenir directeur technique, ce qu'il a refusé. Depuis, j'ai perdu un gamin, un frangin, même si on n'est pas fâché.

Heureusement, Pascal Moyne a pris la suite avec brio...

Pascal est arrivé au club tout petit. Depuis 1976, il est détaché par France Télécom pour gérer les entraînements et le secrétariat. En tout cas, le gamin avait des qualités énormes. Pas trop technique, mais avec un sens du but hors normes. Pendant longtemps, on m'a dit : « il est trop perso, ton Moyne ! ». Je me contentais de répondre : « Laissez-lui le temps, il finira par être collectif. De toute façon, il est là pour mettre des buts !»

Au final, il en a réussi 243 en championnat, en vingt ans de carrière...

Ce garçon timide et autodidacte, a sacrifié sa carrière pour l'ASPTT. C'est tout à son honneur. Je le considère comme mon fils. De lui, j'ai deux souvenirs forts. Le match de Coupe de France, contre Châteauroux (D 2), en 1991, où il ouvre le score. Il part de la ligne médiane, efface toute la défense et décoche un plat du pied aux 18 mètres, croisé, ficelle ! Je n'oublierai pas non plus ce match de DH, contre Pontchâteau. Il tire six fois au but, en met cinq, le sixième finissant sur la transversale...

La formation vous a permis de sortir des joueurs professionnels : les deux plus connus sont Benoît Cauet et Nicolas Gillet.

Benoît, je n'y aurais jamais pensé ! Certes, il jouait en DH alors qu'il n'était que cadet, mais personne n'en voulait. Et puis un jour, il a décidé de partir pour Marseille. C'était l'époque des Tigana, Giresse, Papin, Waddle ! Il jouait en CFA jusqu'au jour où il m'a appelé pour me dire : « Daniel, Gili m'a mis douzième homme pour le déplacement à Valenciennes. » C'était en novembre. En février, il jouait la coupe d'Europe. Quant à notre grand blond avec ses chaussures noires, il a été repéré très vite, trop vite. Un jour, son équipe prend un but contre le FC Nantes. À l'engagement, il récupère le ballon et envoie une sacoche du milieu de terrain. À partir de là, Guelso Zaetta et Coco ne l'ont plus lâché...

Votre souhait pour l'avenir ?

Que l'on continue dans le que l'on a commencé il y a trente ans, sans s'endormir sur nos lauriers.

À 65 ans, vous êtes frappé par la limite d'âge pour être président d'une section de l'ASPTT. Qu'en est-il de votre succession ?

Je pensais, et je devais, c'est vrai, arrêter. Mais la conjoncture fait que je ne peux pas me permettre d'abandonner le navire. Je ne partirai pas comme un lâche. Ce n'est pas de l'orgueil. Je souhaite juste que les négociations quant à l'avenir du club soient menées à bien pour partir l'esprit tranquille. J'ai des hommes de confiance derrière moi, et Pascal Régent ferait un bon successeur à la présidence.